Discours prononcé par Cédric Van Styvendael, candidat à la Mairie de Villeurbanne, à la mémoire de George Floyd le Mardi 9 Juin 2020 Place Lazare Goujon.

Merci d’être venu ce soir pour ce moment collectif. Nous sommes un peu plus nombreux que prévu mais j’ai lu tout à l’heure que le Ministre de l’Intérieur a autorisé ces manifestations aujourd’hui, malgré l’interdiction générale qui demeure des rassemblements de plus de 10 personnes.

Vous le savez, la ville de Villeurbanne a une longue tradition d’accueil et de lutte contre toutes les formes de discriminations et d’injustice. Cela fait partie de son histoire et de son identité.

C’est aussi pour cela qu’il était important pour tous les colistiers de la liste « Pour Villeurbanne en Commun » de se retrouver ce soir, le jour des obsèques de George Floyd, dont tout le monde connaît la destinée dramatique, mort par étouffement sous le genou d’un policier, après 8 min et 46 secondes de calvaire.

Black lives matter. Comment ne pas commencer par ces mots, qui résonnent désormais dans le monde entier et agissent comme un mot d’ordre de rassemblement de toutes celles et ceux qui veulent dire « stop aux violences policières et aux discriminations raciales ».

La situation américaine est légitimement révoltante et l’indignation est mondiale. Les États-Unis ne sont pas la France. Certes. Pour ce qui me concerne, je ne considère pas que les policiers, dans leur ensemble, seraient racistes et qu’il y aurait des pratiques répréhensibles généralisées. Mais, est-ce suffisant pour nous rassurer? Qui peut dire qu’il n’y a jamais d’injustice, jamais d’excès dans les pratiques policières ? Et comment peut-on rester sourd à la demande forte d’égalité et de justice exprimée, en ce moment, par une partie de la jeunesse dans une ampleur inégalée?

Nous le savons, la France a déjà été condamnée plusieurs fois pour discrimination raciale (par le Conseil de l’Europe ou par l’ONU), sans qu’il n’y ait forcément de réaction à la hauteur de ces condamnations.

Les discriminations n’épargnent aucune sphère de la société. Toutes les études menées en témoignent et les testing réalisés à Villeurbanne par exemple dans l’accès à un logement ou au crédit bancaire le montrent bien. Il n’y a donc rien de bien étonnant à ce qu’elles s’exercent aussi dans la police.

Il y a déjà quelques années de cela, le Défenseur des Droits évaluait à 20 fois plus le risque d’être contrôlé par la police quand on est un jeune garçon de quartier populaire issu de l’immigration. Des millions de contrôles d’identité chaque année en France ne concernent donc que les mêmes, ce dont témoignent d’ailleurs les jeunes en question. Au-delà de comportements individuels, il y a un fonctionnement global qui aboutit justement à un dysfonctionnement et à des inégalités de traitement.

Sur ce volet spécifique, Villeurbanne avait déjà inscrit dans son CLSPD un axe de prévention des discriminations dans les contrôles d’identité. Il n’a pu être mis en œuvre faute de partenariat avec la police nationale. Si nous sommes élus demain, nous l’inscrirons à nouveau dans le futur CLSPD pour que les choses puissent bouger concrètement.

Il y a urgence à agir parce que les contrôles discriminatoires au faciès ont des conséquences dramatiques. Ils ont des effets délétères sur la construction individuelle des jeunes qui les subissent, sur l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes, considérés comme des indésirables sur l’espace public.

Je n’oublie pas non plus les discriminations du quotidien, celles qui concernent l’orientation scolaire, l’emploi, le logement, l’accès aux soins, aux services etc. Toutes bien sûr ne conduisent pas à des vies brisées. Mais toutes sont des violences pour les personnes qui les vivent, toutes sont des ruptures d’égalités et toutes doivent, à ce titre, être fermement combattues.

C’est pourquoi, notre programme porte la création d’une maison de l’égalité et des droits à Villeurbanne. Elle donnera de la visibilité à notre politique de lutte contre les discriminations et à nos ambitions en matière d’égalité. Elle sera un lieu de sensibilisation, de formation et de changement des pratiques. Elle sera un lieu ressources et d’accès aux droits pour les habitantes et les habitants. Elle sera enfin un lieu de pédagogie et d’animation du débat public.

L’artiste de rue Bansky a réalisé une œuvre en hommage à George Floyd. Il disait, il y a quelques jours, à propos de sa propre réaction : « je me suis dit que je devais me taire et simplement écouter les personnes noires sur le sujet. Mais pourquoi ferais-je ça? Ce n’est pas leur problème, c’est le mien”.

Si nous voulons œuvrer à un rapprochement, à un apaisement, à une réconciliation, à la possibilité d’un avenir commun, faisons nôtre ce problème, sans détourner le regard mais en le nommant, en le combattant chaque jour, sur tous les terrains.

Je vous remercie